Le château et son site


Corbelin est un lieu qui résume une partie importante de l’histoire économique et sociale de la Nièvre.

HISTORIQUE

Corbelin, site fortifié

Corbelin, dont la première existence attestée dans les écrits apparaît dès 1173, mais dont l’origine remonte probablement au XIème siècle, est un fief dépendant de la mouvance de l’Evêché d’Auxerre et du Baron de Donzy.
Le site actuel n’est pas le site d’origine du château. En effet, les restes d’une petite motte castrale qu’on peut sans doute dater du XIème siècle peuvent être observés au sommet d’une colline surplombant la vallée du Corbelin, environ 500 m en amont. Cette motte, comme à l’habitude à l’époque, supportait sans doute une construction de bois qui n’a pas laissé de traces tangibles.
Au cours de la Guerre de Cent Ans, les grandes compagnies ravageant le Berry franchissent la Loire et mettent le Nivernais en coupe réglée se saisissant d’un grand nombre de châteaux. Il est probable que c’est de cette époque que date la construction des quatre tours rondes existant encore, initialement reliées par des courtines délimitant un quadrilatère dans lequel devaient être construits des bâtiments qui n’ont pas laissé de traces.
La Guerre de Cent Ans finie, le rôle militaire de Corbelin va prendre fin, encore que les nombreuses canonnières perçant les murs des tours font preuve de considérations de défense jusqu’au XVIème siècle à l’occasion des guerres de religion.

Corbelin, site industriel et village

A une date indéterminée, mais remontant au plus tard au XIIIème siècle, le site de Corbelin vit le développement d’une intense activité sidérurgique qui allait se poursuivre jusque dans la deuxième moitié du XIXème siècle.
La présence simultanée d’eau, force motrice pour les marteaux et soufflets, de charbon de bois fourni par les importantes forêts avoisinantes, de minerai de fer de très bonne qualité et d’accès aisé et de castine allait permettre le développement de cette activité à Corbelin pendant des siècles comme dans beaucoup d’autres sites du Nivernais.
Cette activité ne s’interrompra qu’en 1863, alors que l’usine employait encore environ 250 personnes en 1840. Elle justifia la fixation locale d’une population à l’origine d’un village suffisamment important pour qu’une paroisse de Corbelin soit détachée de celle de la Chapelle St-André en 1240. La chapelle dédiée à Notre-Dame de Septembre en est donc l’ancienne église paroissiale. Cette paroisse fut rattachée à nouveau à celle de la Chapelle St-André au moment de la révolution.
Aujourd’hui, le village et l’usine qui se situait au pied de la digue de l’étang ont complètement disparu, à l’exception d’éléments très ruinés, y compris un haut fourneau.
Par ailleurs, Corbelin a été le site pendant plusieurs siècles et ce jusqu’à la fin du XIXème siècle d’une autre activité importante de la région, à savoir le flottage du bois. Faisant partie du réseau des « petites rivières », le ruisseau de Corbelin a été utilisé pour cette activité à l’occasion de lâchers d’eau de l’étang deux fois par an. Les textes font mention d’un « port de Corbelin » où le bois était stocké en attente de ces lâchers.

Corbelin, résidence et exploitation agricole

A compter de 1445 et jusqu’en 1617, Corbelin appartient à la famille Le Muet. Le château est transformé radicalement en 1513 en abaissant les courtines et en édifiant le corps de logis situé entre ses deux tours Sud.
Au cours des trois siècles suivants, le château, les forges et le domaine qui y sont attachés changeront de nombreuses fois de mains pour être, entre autres, détenus au XIXème siècle par le Baron Charles François Dupin, un des trois fameux frères Dupin.

DESCRIPTION

L’étang

Le vaste espace en friches en amont de la route partant face à la chapelle est le site d’un étang de six hectares asséché attesté depuis de nombreux siècles. Cet étang était destiné à fournir la force motrice nécessaire aux marteaux de la forge et aux soufflets du haut fourneau. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’étang de Corbelin servit aussi à fournir le flot pour le flottage du bois vers Clamecy.

La chapelle

La chapelle semble remonter au XIIIème siècle, sans doute en relation avec la fondation de la nouvelle paroisse en 1240. Avant sa restauration par la Camosine, le mur de chevet s’effondrait et la plus grande partie de la toiture avait disparu après sa reconversion au XIXème siècle en étable.
Le chevet plat de type “Cistercien” comporte trois fenêtres en lancettes. Le clocher, flanqué de solides contreforts, est carré et coiffé d’un toit à quatre pans.

Le château

Le château tel qu’on le voit aujourd’hui est composé de quatre tours probablement du XVème siècle percées de canonnières reliées par des courtines rabaissées. Les murs des tours Sud (vers le plateau) sont particulièrement épais (plus de deux mètres) et laissent à penser que le risque essentiel d’attaque venait de ce côté.
Le corps de bâtiment entre les tours Sud résulte d’au moins deux campagnes de construction distinctes.
En 1513, un bâtiment de style gothique sur trois étages et combles est bâti. La terrasse sur cour n’existait pas et le niveau de la cour elle-même était sensiblement plus bas. Le sous-sol actuel accessible sous la terrasse était donc un rez-de-chaussée constitué de deux pièces dont l’une était la cuisine. On accédait aux étages par une tour d’escalier hélicoïdale située sur la façade sur cour et qui desservait à chaque étage deux grandes pièces principales communiquant elles-mêmes avec les tours Sud. La porte du rez-de-chaussée actuel n’existait pas, de même que la fenêtre centrale de l’étage. Ce bâtiment ne comportait qu’une pièce en profondeur à l’exception sans doute d’un petit oratoire situé sur la façade arrière. La lucarne ogivale très décorée au centre du toit devait probablement couronner cet oratoire, d’où son profil circulaire inadapté à son emplacement actuel.
Au début du XVIIIème siècle, le château connut une importante modification : suppression de la tour d’escalier, rehaussement de la cour et transformation du rez-de-chaussée en cave ; construction d’une terrasse sur la façade sur cour ; ouverture d’une fenêtre au centre de la façade sur cour (remployée de la façade arrière) ; ouverture d’une porte sur cour ; cloisonnement de la plus grande pièce intérieure à chaque étage pour permettre l’installation d’un escalier droit au centre du château ; percement de nombreuses ouvertures dans les tours ; adjonction à l’arrière du château d’un bâtiment fait de remplois dans lequel fut installée une grande cuisine avec four à pain ce qui a entrainé la suppression de l’oratoire. A une date incertaine, les fossés du château furent comblés, particulièrement à l’arrière du château.